La Fée aux gros yeux - Page 2

    Elsie avait une gouvernante irlandaise fort singulière.

    C'était la meilleure personne qui fût au monde, mais quelques animaux lui étaient antipathiques à ce point qu'elle entrait dans de véritables fureurs contre eux. Si une chauve-souris pénétrait le soir dans l'appartement, elle faisait des cris ridicules et s'indignait contre les personnes qui ne couraient pas sus à la pauvre bête. Comme beaucoup de gens éprouvent de la répugnance pour les chauves-souris, on n'eût pas fait grande attention à la sienne, si elle ne se fût étendue à de charmants oiseaux, les fauvettes, les rouges-gorges, les hirondelles et autres insectivores, sans en excepter les rossignols, qu'elle traitait de cruelles bêtes. Elle s'appelait miss Barbara, mais on lui avait donné le surnom de fée aux gros yeux; fée, parce qu'elle était très savante et très mystérieuse; aux gros yeux, parce qu'elle avait d'énormes yeux clairs saillants et bombés, que la malicieuse Elsie comparait à des bouchons de carafe.

        
        Elsie ne détestait pourtant pas sa gouvernante, qui était pour elle l'indulgence et la patience mêmes : seulement, elle s'amusait de ses bizarreries et surtout de sa prétention à voir mieux que les autres, bien qu'elle eût pu gagner le grand prix de myopie au concours de la conscription. Elle ne se doutait pas de la présence des objets, à moins qu'elle ne les touchât avec son nez, qui par malheur était des plus courts.

    Un jour qu'elle avait donné du front dans une porte à demi ouverte, la mère d'Elsie lui avait dit :

    - Vraiment, à quelque jour, vous vous ferez grand mal! Je vous assure, ma chère Barbara, que vous devriez porter des lunettes.

    Barbara lui avait répondu avec vivacité :

    - Des lunettes, moi? Jamais! je craindrais de me gâter la vue!
     

    La fée aux gros yeux


    © Parlure / parlure.com Tous droits réservés.