La Fée aux gros yeux - Page 9

    – Ma chère enfant, lui dit-il, c’est bien et c’est raisonnable de sauver la vie à de pauvres persécutés.

    Ne vous repentez pas d’une bonne action, miss Barbara n’a eu aucun mal. En l’entendant crier, j’étais accouru, vous croyant l’une et l’autre menacées de quelque danger sérieux. Votre gouvernante s’est réfugiée et barricadée chez elle en m’accablant d’injures que je ne mérite pas. Puisqu’elle vous abandonne à ce qu’elle regarde comme un grand péril, voulez-vous me permettre de vous reconduire à votre bonne et n’aurez-vous point peur de moi?

    – Vraiment je n’ai jamais eu peur de vous, monsieur Bat, répondit Elsie, vous n’êtes point méchant, mais vous êtes fort singulier.

    – Singulier, moi? Qui peut vous faire penser que j’aie une singularité quelconque?

    – Mais... je vous ai tenu dans mon mouchoir tout à l’heure, monsieur Bat et permettez-moi de vous dire que vous vous exposiez beaucoup, car, si j’avais écouté miss Barbara, c’était fait de vous ! 

    – Chère miss Elsie, répondit le précepteur en riant, je comprends maintenant ce qui s’est passé et je vous bénis de m’avoir soustrait à la haine de cette pauvre fée, qui n’est pas méchante non plus, mais qui est bien plus singulière que moi!

    Quand Elsie eut bien dormi, elle trouva fort invraisemblable que M. Bat eût le pouvoir de devenir homme ou bête à volonté. À déjeuner, elle remarqua qu’il avalait avec délices des tranches de bœuf saignant, tandis que miss Barbara ne prenait que du thé. Elle en conclut que le précepteur n’était pas homme à se régaler de micros et que la gouvernante suivait un régime propre à entretenir ses vapeurs.

    FIN

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